Jacques le rebelle, 2ème époque
Nous retrouvons le garnement bien assagi, après quelques mois de navigation à la "marchande"
où les blagues de potache n'ont pas tellement cours sur la passerelle.
Décidé à utiliser les ondes porteuses de la TSF pour acquérir ses galons d'officier de marine marchande, il renoue courageusement avec l'étude des maths indispensables à qui prétend
maîtriser la radioélectricité générale, préalable à l'utilisation des matériels d'émission-réception.
Théorie, pratique, tant à l'école de radio qu'à bord des bâtiments où sont formés les opérateurs,
plus question de batifoler !
Il décroche le fameux Brevet de Radio-Télégraphiste de 1ère le 7 juillet 1923, il a tout juste 20 ans. La Compagnie Radio-Maritime l'emploie comme radiotélégraphiste à bord de différents navires de commerce jusqu'à la fin 1928, quand il est appelé à faire ses preuves sous le pavillon des navires de l'État. Un an et demie de service militaire qu'il accomplira comme radio télégraphiste avec "Honneur et Discipline", selon la devise de la Marine. Après 10 mois passés à bourlinguer sur un torpilleur d'escadre il obtiendra avec le grade de quartier-maître radio son Certificat de Bonne Conduite le 29 avril 1925.
Inscrit maritime sous le matricule 12.590 il va enchaîner les embarquements comme agent de la Cie Radio Maritime dont il se séparera en débarquant du Massis le 30 juillet 1928.
Sac à terre ! Eh oui, le marin débarque, il a 25 ans, éprouve le besoin légitime d'un peu de détente. Des vacances seront les bien venues et c'est à St Efflam qu'il va trouver un repos bien mérité
et ...une fiancée.
En fait la rencontre n'aurait elle pas été, un peu "téléphonée" ? La jeune fille, une certaine Jacqueline Courtois, était une ancienne élève du Cours Boyer, à
St Mandé, où exerçaient alors les cousines de Jacque, Suzanne et Jeanette Boursin. Ces pieuses personnes peut-être inquiètes de voir leur cousin exposé aux aléas d'une vie aventureuse, n'ont elles pas favorisée leur charmante rencontre dans le climat détendu d'une station balnéaire ? Bref le roman suit son fil, tout est bien qui finit bien avec les fiançailles de Jacques et Jacqueline suivi de leur mariage le 24 septembre 1929 en l'église de St -Mandé (voir : "Départ du marathon").
Je vous garde la suite pour un prochain épisode auquel je prendrai, avec ma petite sœur Monique, une modeste part avant que l'Histoire, la grande, n'intervienne à son tour !
À bientôt sur nos lignes.
Captain Clo
Ne l'oubliez pas...
Non nous ne t'oublierons pas Line, ma tendre compagne, toi qui n'a jamais oublié de nous aimer au point de t'oublier souvent toi même.
Tu t'es endormie il y a un an aujourd'hui, ce matin du 19 avril, à neuf heures, avec comme un léger sourire au bord de tes lèvres closes. Tes souffrances avaient pris fin.
Quand je suis arrivé près de toi, conduit par un ami, j'ai embrassé ta joue douce et tiède. Mais le baiser du crapaud n'a pas réveillée la princesse.
Malgré ta bravoure- tu t'es battu comme une lionne- et la science des médecins avec toutes les affreuses drogues administrées au long de ces mois de traitement, rien n'a pu vaincre le maléfice acharné à te détruire, à t'arracher à cette vie que tu aimais tellement.
Avec toi m'a vie s'est arrêtée, c'était à moi de partir, j'en ai l'âge, une vie accomplie, pleine d'années heureuses passées près de toi, mon hôtesse préférée !
J'ai fleurie la maison des roses rouges que tu aimais tant. Tout à l'heure j'irai en disperser d'autres sur la mer près de l'endroit où tes cendres sont mêlées aux sédiments du Bassin d'Arcachon. J'irai t'y rejoindre, je sais que tu m'y attends...
Ton mari fidèle, ton Captain Clo.
Jacques le rebelle !
Naissance le 28 octobre 1903 à St Mandé, Seine, fils de Louis Camille Labour et de Victoire, née Boursin (extraits lapidaires de l'État civile).
Il lui reste alors soixante douze années à vivre. Trop courtes pour mener à bien tous les projets nés de son imagination fertile.
S'il ne fut certes pas un intellectuel, son cerveau effervescent ne cessa jamais de lui inspirer des entreprises originales sinon orthodoxes, tant au regard des conventions d'une famille résolument bourgeoise que des principes de base de l'économie !
Cet état d'esprit, qui ne transparaît pas sur les sages images de son enfance telles que cette photo de premier communiant vêtu d'un costume de marin prémonitoire, se manifeste pourtant très tôt par un manque de goût évident pour les rigueurs de la scolarité.
Il faut dire à sa décharge que les bouleversements de son adolescence, prémices de la guerre déclarée en août 1914, départ de son frère aîné Jean aux armées, maladie de Bob le second, départ de la famille du 55 devant les risques d'invasion pour s'installer sur les hauteurs de Cannes, avec une scolarité dans un collège du Cannet où le climat était plus favorable aux activités buissonnières qu'à l'étude des mathématiques, n'ont pas vraiment stimulé son d'assiduité aux cours. Il s'y est plus distingué par un certain nombre de tours pendables portant la marque de son génie créatif comme, par exemple, celui consistant à enduire de savon de Marseille les rails du tramway dans la côte du Cannet, avec des conséquences regrettables pour le trafic...
La fin de la guerre en 1918 le trouve à 15 ans au milieu de l'euphorie de la victoire, spectateur d'événements auxquels il n'a participé qu'en spectateur. Tourbillon de bonheur, celui de son frère Jean auréolé du prestige de la fameuse escadrille des Cigognes à laquelle il fut affecté après avoir été breveté pilote dans les derniers mois du conflit et dont on va célébrer les fiançailles avec la belle Yvonne Milliard. Celle qui, avec sa beauté et sa gaieté méridionale, lui apporte aussi de Montpellier une confortable dot ! Bonheur familial et mondanités diverses cependant occultés par la tuberculose puis la mort de Bob.
Jacques y est un peu à la dérive, d'échecs scolaires en recherche d'établissement susceptible de le "dresser", il se détache encore plus de la conformité telle que la conçoit Camille, son père. Incarnation de la réussite sociale, celui-ci ne se reconnaît évidemment pas dans dans son cadet, trublion qu'il va bientôt mettre en demeure de choisir entre ses chimères adolescentes et les réalités de la vie.
Ce sera chose faite en 1920 : Jacques a 17 ans et quitte les certitudes de la maison familiale pour les aléas de la navigation en embarquant comme novice sur un navire marchand. Il va pouvoir découvrir enfin le vaste monde et des milieux bien étrangers à l'univers protégé du 55 avenue Alphand à St Mandé. Le gamin turbulent s'en tire plutôt bien. A bord des cargos sa curiosité, son goût et son aptitude aux travaux manuels trouvent à s'exprimer et il ne tardera pas à réaliser que s'il veut faire une carrière dans la marine marchande et y prendre du galon, il va lui falloir se spécialiser et pour cela rouvrir enfin ces satanés bouquins.
Mais il lui faudra passer par la petite porte, rançon de son mépris passé pour l'étude, en effet l'Ecole d'Hydrographie qui forme les officiers de la marine marchande moderne n'est pas encore à sa portée. Qu'à cela ne tienne, la TSF, prodigieusement développée au cours des hostilités et qui s'impose désormais sur les navires marchands, réclame des opérateurs. Cela tombe bien, à bord des navires il s'est lié d'amitié avec les officiers radio qui l'ont initié à la manipulation et aux mystères de la radio-électricité.
Retour donc sur les bancs de l'école, ce seront ceux de l'Ecole de la Rue de la Lune, à Paris, établissement réputé qui formait alors les candidats au Brevet de Première Classe des PTT. Le niveau est élevé et l'examen qui en sanctionne les études est difficile. Jacques y aura mis toute l'énergie dont il est capable et montré sa véritable personnalité en décrochant le fameux Brevet. Désormais, dûment breveté opérateur radio de première classe, il va pouvoir offrir ses services aux compagnies de navigation.
Ne faisant jamais rien comme tout le monde, au lieu de viser un embarquement de tout repos, il cherche et obtient d'être engagé sur les chalutiers qui pratiquent la grande pêche en mer du Nord. Le métier est rude, l'inconfort total et les risques réels mais en contrepartie les salaires en sont bien supérieurs. Ce sont ces salaires qu'il réinvestira dans les études théoriques de Lieutenant puis Capitaine au Long Cours, tout en cumulant les années de navigation nécessaires à l'obtention de ces brevets.
Je vous garde la suite pour la semaine prochaine. A bientôt donc sur nos lignes.
Captain Clo
Les années folles
Les années dites folles furent sans doute les années heureuses de la fratrie Courtois, celles qui commencent tout naturellement en 1918. C'est la fin d'un cauchemar de quatre ans et de cette boucherie suicidaire que fut la première guerre mondiale, la "Grande Guerre". Ce fut pour mes grands-parents le retour de François auprès de sa nichée. Une nichée enrichie par l'arrivée
le 20 octobre 1918, trois semaine avant l'armistice, d'Yvonne la benjamine après René son frère
né le 18 octobre 1915, cadet de ma mère Jacqueline, elle même née le 25 août 1909 à Paris.
Période festive et laborieuse aussi, comme tout le pays employé à penser ses plaies et à remettre
en marche une machine économique toute consacrée à l'effort de guerre.
Terminé le camouflage des tanks et des canons, François va pouvoir se consacrer à la création des motifs destinés à la soierie Lyonnaise comme à la conception des modèles qu'Angèle réalisera :
la maison "AngèleFrançois" prend son essor.
Les photos et le courrier de l'époque reflètent bien ce climat de convivialité créatrice : évocation
de séjours en Bretagne, St Brévin entre autre, où le pinceau de l'aquarelliste trouve les motifs d'inspiration dont nous conservons la trace dans les petites œuvres délicates qu'il nous a laissées. Séjours entourés d'une parentéle joyeuse, cousins, cousines ou amis. Tout ce petit monde barbotte, danse, flirt et s'amuse. Le talent créatif d'Angèle et François ne se cantonne pas à l'alimentaire,
la réalisation est entreprise d'un théâtre de marionnettes dont Angèle habille les personnages, généralement inspirés de l'actualité, journaliste, opérateur du cinématographe, policier, militaire, aviateur et autres ballerines, dont les ficelles sont tirées à tour de rôle par les membres de cette joyeuse bande. Mais il faut sonoriser le plateau et sur les paroles des saynètes interprétées devant
les décors dus au pinceau de François, celui-ci, toujours musicien, compose les petites opérettes
qu'il interprétera au piano.
Sur les clichés conservé on voit Jacqueline à St Brévin,cbrandissant joyeusement un énorme filet à crevettes, entourée de René et Yvonne (toujours un peu boudeuse !) munis des indispensables paniers.
Bien sûr il y eut aussi des soucis au cours de ces années de leur belle jeunesse, en particuliers ceux que donna la santé de René, fragile au point qu'il ne dut de survivre qu'au dévouement d'Angèle et à l'initiative audacieuse d'un vieux médecin de campagne. Celui-ci, pour faire chuter la fièvre qui menaçait de l'emporter, le fit envelopper d'un drap trempé d'eau glacée: gonflé mais efficace !
Il fut ensuite confié, pour retrouver vigueur et santé, à un curé breton dont il conservait un souvenir pittoresque où les bolées de cidre et le Calva n'étaient pas absents... Difficile d'imaginer René en enfant fragile à qui connut l'officier de marine athlétique qu'il devint ensuite !
Mais tandis que Yvonne grandissait, mignonne (et boudeuse) à l'ombre de ses aînés, Jacqueline qui étudiait le piano au Conservatoire dans la classe de Marguerite Long, rencontrait à St Efflam en 1928 un certain Jacques Labour, officier de marine marchande, qui parvint à la séduire avec des promenades sur le "tansed" de sa moto, expérience sans doute exaltante, dont elle conservait un souvenir... cuisant. Mais ceci est une autre histoire !
À bientôt sur nos lignes.
Captain Clo
Complément au "Grand père pélican"
Je recommande, à ceux que la question intéresse, un petit ouvrage récemment paru au Seuil : "L'Occupation expliquée à mon petit-fils" de l'historien Jean-Pierre Azéma. Très complet sinon exhaustif et très facile à lire, il recoupe parfaitement mon évocation de cette période, vécue au niveau de notre cellule familiale.
Je compléterai ce portrait de mon grand-père François Courtois par les quelques touches suivantes ajoutées à son profil, telles que adressées depuis en réponse aux questions de ma nièce Cathy : c'était lui-même un homme très simple, timide et modeste quoique non dépourvu de caractère et de courage ; bien que réformé en 1914 à cause de sa mauvaise santé, il tint à s'engager et fut alors versé au Service du "Camouflage" où l'on élaborait des dispositifs + ou - ingénieux destinés à tromper l'ennemi. Il y fit la connaissance de personnages pittoresques, artistes, peintres, écrivains et autres dont des dessinateurs, certains devenus célèbres comme cet auteur de bandes dessinées (Benjamin Rabier)* qui créa la fameuse "Vache Qui Rit" de la fromagerie Bel.
Ce détail devrait "booster" l'enthousiasme de notre jeune et talentueux "illustrator" dont la voie est toute tracée !
Mais j'aurai l'occasion d'y revenir.
À bientôt sur nos lignes!
Captain Clo
*Nom retrouvé par Sophie, ma Web master.
Un grand père "pélican"
S'il fut l'artiste de la famille, François Courtois en fut aussi et particulièrement au cours des longues années de l'occupation, celui qui avec abnégation en assura la subsistance dans des conditions moralement et physiquement épuisantes.
De santé fragile, les privations et les conditions de vie difficiles de cette période noire achevèrent de ruiner sa santé.
Je revois les repas de la cellule familiale et la table que présidait Angèle avec une tendre autorité, trouvant toujours comment rendre acceptables sinon appétissantes les improbables préparations culinaires que les tickets de rationnement imposaient. Quand, le Dimanche, Angèle était parvenue, au prix de quelques manœuvres de séduction inavouables, à rapporter de la boucherie un très modeste rôti à nous partager à cinq, François se sentait soudain privé d'appétit, les parts des plus jeunes s'enrichissant ainsi d'autant de grammes supplémentaires...
Mais François, fin gourmet en bon lyonnais qu'il était, trouvait là un exutoire à sa verve caustique assortissant ces dégustations incongrues de commentaires politico gastronomiques dont la compilation eut certainement put constituer une plaisante évocation du moral des parisiens à l'époque. Il ne manquait pas de conclure ces amères diatribes par un : " Ils vont nous faire crever ces salopards !" hélas prémonitoire.
Une autre occasion d'exprimer sa fureur d'avoir à subir la loi de l'occupant se présentait, lors de promenades dominicales sur les Champs Elysées, quand voyant un officier "vert de gris" répondre, bras levé, au salut hitlérien d'un autre "doryphore", il portait alors la main à hauteur du front tout en marmonnant : " jusque-là !".
Le sujet principal d'inquiétude et de conversation demeurait, bien sûr, le sort des absents, René, Yvonne et mon père Jacques. C'est groupés autour du poste de TSF, dont la réception avait heureusement été améliorée par un habile et opportun bidouillage de mon père au début de la guerre, que nous tentions, au travers du brouillage de l'ennemi, de déchiffrer les émissions de la BBC en français : "Ici Londres, les Français parlent aux Français !". Nous avions su dès fin 1940, par un message laconique de la Croix-Rouge, que René se trouvait en Angleterre ainsi que Yvonne et Piet son époux. La compagnie des Chargeurs Réunis, avaient laissés entendre à ma mère que son mari était prisonnier des "gaullistes", son bâtiment ayant été pris par les "rebelles" à Douala. La Compagnie n'en continua pas moins à servir une délégation de solde qui nous aida à vivre jusqu'au retour des glorieux "dissidents".
François vécut toutes ces années en travaillant à divers commandes artistiques, créations pour le Mobilier National où autres obtenues grâce à ces relations dans le milieux artistique. Commandes alimentaires certes mais pour lesquelles il dut néanmoins fournir des efforts intellectuels et physiques qui le laissèrent épuisé lors des événements tant attendus de la libération. Evénements, vécus avec l'enthousiasme et le bonheur que l'on peut imaginer, qui lui permirent surtout de revoir sa famille réunie.
Il nous quitta le 23 juillet 1947 sans avoir connu sa dernière petite fille, une Françoise fraiche éclose.
À bientôt sur nos lignes
Captain Clo
17 ans !
Quel âge magique, mais si fragile, quand la vie se présente pleine de promesses et de tous les possibles offerts à ce papillon juste sorti de sa chrysalide. Mais foin des clichés de bazar, le printemps est là qui éclate pour accueilir joyeusement le gracieux lépidoptère dont nous nous apprêtons à suivre les manœuvres de décollage avec le plus vif intéret. Bon vent, joli papillon et joyeux anniversaire Marion !
Captain Clo
Le 55 !
Charnier natal, camp de base, aire de repos ou d'envol, ce fut un peu tout ça la maison de la famille Labour sise au 55 avenue Alphand à Saint Mandé, où naquit et grandit la fratrie, de la fin du 19e siècle jusqu'à sa vente en 1965.
Demeure relativement modeste au regard de ce quartier résidentiel proche du bois de Vincenne et du lac Daumesnil, à quelques mètres de l'avenue du même nom qui relie la Porte Dorée au Château de Vincenne sous une haie de marronniers. L'Exposition Coloniale de 1931 fit ériger, entre autres, les vastes aménagements du Zoo dont la faune bruyante et odorante vint apporter une note exotique au calme bourgeois de cette thébaïde.
Camille Labour fit construire sa maison après son mariage en seconde noce avec Victoire Boursin, ma grand-mère paternelle, née le 15 mai 1872 à Joigny. Camille c'est le "self made man" de la famille : d'origine modeste, son père était bourrelier, mais travailleur et ambitieux il réussit dans le négoce des vins comme courtier établi à Bercy dont les entrepôts abreuvaient alors toute la région parisienne. De son père et de ses origines il conserva toujours le goût du travail manuel qu'il transmit à son fils Jacques, mon père. Il me reste des outils dont le manche porte gravées ses initiales : C L , on est conservateurs dans ces familles ! Né à Decize dans la Nièvre en 1862, il mourut à 80 ans en 1942. Un cousin féru de recherches généalogiques aurait trouvé en fouillant les registres paroissiaux de Decize - l'état civil sous l'ancien régime - la trace d'un ancêtre, un Claude Labour, bourrelier y ayant épousé une demoiselle Magdeleine sous le règne de Louis XV. Ce prénom est récurrent dans la famille, d'ailleurs l'arrière grand-père bourrelier s'appelait également Claude !
Camille et Victoire n'eurent que des fils, quatre, ce qui désespérait Camille : Robert le second, né 1896, mourut après la guerre d'une tuberculose, qui lui avait valu d'être réformé en 1914; Victoire en portera le deuil toute sa vie. Il était destiné à succéder à son Père ce qui eut été sans doute judicieux. Mais ce fut à Jean, l'ainé, le "play boy" né en 1893, engagé en 1917 comme conducteur d'auto-canon antiaérien (voir photo album) et qui termina la guerre comme pilote de chasse à la prestigieuse escadrille de Cigognes, que revint la lourde responsabilité de reprendre l'affaire familiale.
Jacques, mon père, né en 1903, ne montrant pas un goût prononcé pour les disciplines scolaires - il préférait de loin bricoler dans l'atelier de son grand-père, le bourrelier, à Champigny - quitta très tôt le gîte confortable du 55 pour vivre des aventures maritimes qui déterminèrent sa vocation.
Le quatrième et dernier, né en 1907 ce fut Guy, parrain enfin, de la première fille de la famille, Monique ma petite sœur. Ce n'est, bien sûr, pas ce qui le rendit célèbre mais son étonnante aventure vécue dans un glacier alpin en 1934. Cette aventure vient de faire l'objet d'un livre écrit par un journaliste, Yves Ballu, sous le titre "L'impossible sauvetage de Guy Labour" (Glénat ed.).
Alpiniste expérimenté, jeune et en pleine forme physique (il avait été sélectionné par le Club Alpin Français pour participer à la première ascension française de l'Himmalaya !) Guy après une course en solitaire aux Grands Charmoz, redescendait vers son bivouac quand il s'engagea sur le glacier des Nantillons - j'y suis passé moi-même quelques années plus tard ! - quand un pont de neige dissimulant une crevasse céda sous lui. Il atterrit 20 mètres plus bas sur un étroit surplomb de glace, sans son piolet resté au bord du gouffre. Il devait y passer 6 jours et 7 nuits mortels. Tout espoir de le retrouver était perdu quand une ultime équipe passant à l'aplomb de la crevasse entendit un faible appel : c'était Guy ! Il survécut miraculeusement mais dut subir de nombreuses amputations des phalanges gelées des orteils. Il n'en poursuivit pas moins ses courses en montagne, à un moindre niveau bien sûr.
Son ami Frison Roche s'est inspiré de cette aventure pour son roman "La Grande Crevasse", en y ajoutant une aventure sentimentale aussi imaginaire qu'alimentaire.
J'étais un bambin de quatre ans, en vacances à Chamonix chez ma marraine Yvonne Labour au chalet "Les Cigognes" pendant que se poursuivaient les recherches, Jean Labour, son frère survolant la zône avec son avion personnel dans l'espoir de le voir ou d'en être vu. Il me reste quelques souvenirs visuels des moments passés à attendre des nouvelles tout en scrutant avec une longue-vue le pied des aiguilles sur l'autre versant; faute d'un autre moyen de communication avec les équipes de sauveteurs, les "grandes personnes", dont Vic sa mère, ma grand-mère, étendaient dans la prairie des draps blancs selon un code convenu, mais bien illusoire.
Il se fait tard et je vais remettre à plus tard l'évocation de la saga Labour : trop d'info tue l'info.
À bientôt sur nos lignes !
Captain Clo.
La Maison AngèleFrançois
On ne saurait évoquer plus longtemps Angèle sans François Courtois né à Lyon le 16 mars 1882, son époux, notre grand-père, tant ils formèrent un couple fusionnel ! En rédigeant ces lignes je suis surpris de constater qu'il ne reste, à ma connaissance, aucun témoignage des circonstances de leur rencontre. Ce fut peut-être à St-Mandé, où naquit le 22 mai 1888 et vécut Angèle petite orpheline avec son père, Louis Haussard, chez des amis de celui-ci. Ils s'y marièrent le 18 janvier 1908.
Je me plais à imaginer qu'en ces circonstances François arborait faux col et "lavallière" sous la moustache charmeuse tel que nous le montre ci-dessus, proustien en diable avec son regard de myope et lorgnon, l'étonnante photo retrouvée.
"AngèleFrançois", gravé sur la plaque de cuivre fixée à la porte de l'appartement du second étage d'un immeuble dans le 9e arrondissement à Paris, c'est la raison sociale de la maison de couture qu'y dirige Angèle. C'est ici que sont conçues, réalisés, essayées et présentées les robes que viennent acheter les riches clientes, en général étrangères, sud américaines souvent, qui en constitue la clientèle principale.
Point faible de la maison cette clientèle exotique, arrivée sur la vague des "années folles", emportée de même par la crise de 1930 venue d'Amérique, déjà !
Il leurs fallut alors quitter la belle maison de l'avenue de La Tourelle à St Mandé pour vivre dans l'appartement de la rue de Trévise, heureusement assez vaste pour y maintenir jusqu'à la guerre une certaine activité avec deux ouvrières, Raymonde et sa fille, Émilienne je crois. Mais l'époque des vaches maigres avait commencé.
Je raconterai plus tard mes souvenirs d'enfance liés à ce lieu de notre vie familiale tellement pleins de souvenirs heureux à travers les péripéties et les bouleversements de l'histoire.
A bientôt sur nos lignes !
La belle Angèle
Elle fut la reine de la famille, aussi belle que bonne : pour nous ses petits enfants elle était "Bonne Maman". François Courtois, "Bon Papa", en fut amoureux jusqu'à son dernier souffle (qu'il avait court, il en est mort). Son Père, "monté" de Lyon pour découvrir la créature, tomba sous le charme au point de pardonner la trahison de son fils, coupable d'avoir préféré le conservatoire de musique de Paris et une carrière de musicien au commerce de la soie dans sa ville natale ! Il faut dire que se promener sur les grands boulevards au bras de cette future belle-fille, Première chez Worth, le couturier à la mode et de la cour d'Angleterre, avait de quoi flatter sa vanité provinciale.
Pour moi elle demeure la reine de notre petite ruche celle qui nous fit traverser les épreuves de l'occupation avec un courage et une énergie étonnante, trouvant toujours la solution aux difficultés du moment pour assurer coûte que coûte des conditions de vie convenables aux siens. Elle fut alors l'élément central du clan Courtois, privé par la guerre de plusieurs composants, son fils René et son gendre, mon père, qui continuaient le combat sur mer dans les forces Navales Françaises Libres (une source de discorde avec une partie de la parentèle), sa fille cadette, Yvonne, éxilée avec son mari hollandais dans une plantation de Sumatra, Indes Néerlandaises à l'époque. Enfin, last but not least, l'état de santé de François miné par l'emphysème, les privations et l'angoisse de devoir résoudre les problémes pécuniaires au quotidien.
Mais j'aurai l'occasion d'y revenir, tant elle a occupé et occupe encore une place majeure dans la mémoire familiale.
A bientôt sur nos lignes !
















